
BILAN DE LA THEOLOGIE DE LA LIBERATION
31 janvier 2009Ce mercredi matin, j’ai rencontré deux prêtres et deux religieuses français, présents au Brésil depuis plus de 40 ans et dont l’expérience sur une longue période est précieuse pour comprendre la théologie de la libération. J’ai par ailleurs assisté à un atelier sur le sujet l’après-midi. Bref retour en arrière. La théologie de la libération est un courant de l’Eglise catholique en Amérique Latine qui a été initié, dans les années 60, par des théologiens comme Joseph Comblin ou Leonardo Boff. La conférence des évêques latino américains de Medellin, qui choisit l’option préférentielle pour les pauvres, est une sorte de reconnaissance officielle de cette théologie. Il s’agit d’une rupture avec une Eglise hiérarchique et liée a l’élite ; la théologie de la libération considère que le message chrétien est source de libération et non de résignation. Elle se manifeste, d’abord, par la mise en place de communautés ecclésiales de base qui visent, certes à pallier le manque de prêtres mais aussi à impliquer fortement les laïcs. Par exemple, il y a 40 ans, François animait une paroisse peuplée de 80 000 habitants dans un quartier très populaire et il y avait 17 communautés de base ; autre exemple : Béatrice, dans une région très rurale du sud du Tocantins (a la limite de l’Amazonie) se trouve dans une immense paroisse divisée en 10 communautés. Pour former les laïcs, au plan pastoral et social, des Instituts se créent comme l’IPAR de Belém commun aux 13 diocèses du Para et de l’Amapa. Autre aspect fondamental qui est familier a ceux qui militent dans un mouvement d’action catholique ; les célébrations des communautés de base comportent des temps de prière et des temps où l’on réfléchit aux actions concrètes nécessaires pour le bien être et l’émancipation des habitants du quartier ou du village : c’est le « voir, juger, agir » de la JOC. Concrètement des actions pour obtenir une école, un poste de santé, l’eau ou contre la violence des bandes ou de la police. En 1964, le Brésil subit une dictature et, dans les campagnes, la violence des grands propriétaires ; l’Église ne peut rester indifférente ; ainsi, en tant que telle, elle crée la Commission Pastorale de la Terre et d’autres institutions ; des prêtres (et des évêques comme Helder Camara ou Pedro Casaldaliga) s’engagent. Beaucoup sont traités de communistes, certains sont assassinés. Robert qui, à l’époque, vivait dans l’Araguia, où existait un mouvement de guérilla et de violents conflits pour la terre, en sait quelque chose. Les temps changent : la dictature cède la place en 1985 ; en partie grâce aux chrétiens engagés (ils jouent un grand rôle dans la fondation du Parti des Travailleurs, dans la CUT, le MST…) L’Église brésilienne change également : les nouveaux évêques se méfient de la théologie de la libération avec l’appui du Vatican de plus en plus net. La conférence des évêques latino américains de Saint Domingue est une véritable condamnation. Par ailleurs, des mouvements évangéliques protestants, d’origine américaine le plus souvent, connaissent un succès spectaculaire avec une théologie fondée sur la conversion individuelle et dont les opinions politiques sont souvent réactionnaires. Enfin, la victoire de Lula, issu de ce courant, a un effet boomerang : beaucoup pensent que c’est arrivé et il y a une certaine démobilisation. Il y a encore beaucoup de prêtres, de religieuses, de laïcs voire d’évêques (comme Monseigneur de Maupeou) qui se réclament de la théologie de la libération. Parfois en recentrant leurs actions : visiteurs de prison, conseil juridique, etc… et il y a une relance de la réflexion théorique pour actualiser le message. Il y a eu récemment une semaine sur la théologie de la libération qui coïncidait avec le cinquantième anniversaire du Concile de Vatican II qui a considérablement modifié le message catholique. D’après ce que j’ai compris, on ne renie pas l’idée que la foi doit s’incarner dans la pratique mais on met en avant d’autres paradigmes – pour reprendre la formule d’un intervenant : la tolérance religieuse, l’écologie (l’eau, la terre sont des biens communs …) la paix. Et toujours la question : quelle image de Dieu et de Jésus véhiculent les chrétiens et comment cela se manifeste-t-il dans les célébrations, par exemple. Pour finir, il y a un aspect qui ne semble pas avoir été évoqué : la théologie de la libération est-elle portée également par d’autres Églises, non catholiques ? En tout cas, ce débat sur la place des chrétiens dans la société ne concerne pas que les Brésiliens. Gérard FRETELLIERE