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L’agrobusiness creuse les ventres

30 janvier 2009

Jeudi, 15h30, une petite salle de cours bondée. Un atelier au titre à rallonge, un peu mystérieux : « l’agriculture familiale indigène durable comme alternative concrète pour la souveraineté alimentaire en temps de crise ». Une impression d’accumulation de mots clefs dans ce débat organisé par un groupe œcuménique allemand, Du pain pour tous. Les intervenants parlent allemand, brésilien, français, mexicain…

L’atelier commence par un graphique très éclairant, si simple qu’on se demande pourquoi il n’est pas davantage connu. Il retrace près de 50 ans de statistiques de la FAO. Une courbe pour la production agricole, une autre pour celle par être humain, une troisième pour le nombre de sous-alimentés. La production agricole a bondi en 50 ans, beaucoup plus vite que l’évolution démographique : la disponibilité théorique par habitant de la Planète a augmenté de 40% en 50 ans. Pourtant, le nombre d’êtres humains sous-alimentés n’a pas diminué. Il était de 918 millions en 1961, il est estimé à 960 millions en 2008. Il a même augmenté de 200 millions sur les 10 dernières années !

Ce qui montre parfaitement que les solutions productivistes et hypertechnicistes ne résolvent en rien la faim dans le monde. Les Révolutions Vertes, celles des années 60 et 70 ou celles qu’on nous revend aujourd’hui (avec les biotechnologies en particulier) n’aboutissent qu’à aggraver les inégalités et les atteintes aux écosystèmes.
L’agriculture familiale et économe comme modèle
Et si la promotion de l’agriculture familiale était, non une survivance du passé, mais un des meilleurs moyens pour réduire les inégalités, véritable cause de la malnutrition ?

Ibrahim Coulibaly, responsable de la Coordination des Organisations Paysanne du Mali, membre de Via Campesina, rappelle ainsi que ce sont les ¾ des populations africaines qui vivent de l’agriculture. Quand elles sont chassées de leurs terres, qu’elles n’ont pas accès aux ressources de base (eau, santé, éducation, semences, crédit…), qu’elles n’ont pas moyen de commercialiser leurs produits à des prix rémunérateurs, c’est la pauvreté des bidonvilles qui explose !

Les témoignages des intervenants mexicains et brésiliens vont dans le même sens, incriminant en outre l’absurdité des changements de modes de consommation alimentaire, qui favorisent l’agrobusiness.
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Mais des alternatives sont en marche, et à grande échelle. Au Brésil, ce sont plus de 1000 communautés paysannes qui se sont lancées aux 4 coins du pays dans l’agriculture, la pêche ou l’agroforesterie écologique. Et sans soutien de l’Etat. Au contraire même, l’Etat fédéral brésilien concentre le peu qu’il donne à l’agriculture familiale sur l’intégration des petits agriculteurs aux modes de production productivistes : prêts pour engrais, phytosanitaires (l’intervenant parle d’ « agrotoxiques »), mécanisation, monocultures…

En outre, une mauvaise nouvelle vient de tomber. Alors que la presse fait les gros titres de la décision de Lula d’augmenter les crédits à l’aide alimentaire intérieure dans le cadre du programme « Fome Zero », Maria Emilia Pacheco (collectif ABA pour l’agriculture écologique) nous apprend que l’obligation pour ce programme d’acheter exclusivement aux agriculteurs familiaux venait d’être supprimée par décret présidentiel. Ce « marché » sera désormais ouvert à l’agrobusiness !

Autre continent, autre exemple d’initiative en marche. En Inde, la région d’Uttarakhand a été déclarée « territoire exclusivement réservé à l’agriculture biologique », après des décennies d’actions de terrain. C’est la « success story » racontée racontée par Vinod Kurmar Bhatt de la fondation Vandana Shiva.

Une prise de conscience des élites ?

Un panel intergouvernemental a été mis en place sur le modèle de celui du GIEC pour le changement climatique. Il associe une trentaine de représentants des Gouvernements et autant d’organisations de la « Société Civile » représentées à l’ONU. Après avoir recueilli les contributions de plus de 400 chercheurs et praticiens de terrain du développement agricole, il a rendu son rapport en avril 2008 à Johannesburg. Il s’appelle du nom barbare de IAASTD, qu’on peut traduire par « Evaluation internationale des sciences et techniques pour l’agriculture ».

Ce rapport légitime des idées qui, si elles sont largement partagées par les altermondialistes, sont en permanence tournée en ridicule par l’autre camp, celui de Davos.
-    oui, l’agriculture est bien multifonctionnelle, ayant un rôle fondamental dans le maintien des écosystèmes, des équilibres sociaux… et ne peut être réduite à la production de commodités standards facilement échangeables sur les marchés internationaux ;
-    oui, la place des femmes dans l’agriculture est fondamentale, et le développement viendra d’abord de la promotion féminine (éducation, santé…) ;
-    oui, la production à petite échelle est beaucoup plus économe et respectueuse des écosystèmes, plus productive à l’hectare, et doit être encouragée ;
-    oui, on doit protéger cette agriculture de petite échelle de la concurrence des grands trusts internationaux ;
-    oui, la recherche et le développement doivent être participatifs, partir des savoirs faire locaux, être orientés vers l’économie de moyens et la protection de l’environnement ;
-    etc.

Rien de bien nouveau en soi ! Mais la nouveauté est que ces conclusions soient assumées par les Institutions Internationales : ONU, Banque Mondiale, OMS, UNICEF…

Trop beau pour être honnête ?

Peut-être, mais aussi un point d’appui possible pour revendiquer d’autres politiques agricoles publiques dans chacun de nos Etats, et d’autres règles commerciales internationales.

Emile Ronchon

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