
Vive la vie!
29 janvier 2009C’est par ces mots qu’une représentante des peuples indigènes d’Equateur conclut une des premières intervention sur la scène d’ouverture. Comme un écho exprès au “Vive la mort” d’autres temps, pas si anciens… Slogan qui pourrait être celui du Forum Economique de Davos aujourd’hui!
Cela fait de longues heures qu’une multitude se forme et se reforme devant la scène 1 de l’Université Fédérale du Para, propriété de l’Etat fédéral brésilien, et non pas de l’Etat du Para dont Belém est la capitale. C’est bien l’Etat fédéral qui a fourni l’infrastructure du FSM.
On se protège comme on peut du soleil, les brésiliens prévoyants sous des parapluies aux allures d’ombrelles, les autres sous les arbres qui bordent le fleuve tout proche. Multiples batucadas, chants, discussions… et une mélopée qui s’élève: un prêtre Tsutsil guatemaltèque fait flamber une sorte de petit foyer devant la scène en invoquant (ce sera précisé plus tard) la nature mère.
Cette spiritualité marquera l’ensemble de cette ouverture officielle. En commençant par l’élévation du mat traditionnel, couronné d’une image de “San Benedito”. Cela rappelle les “Mysterias” par lesquelles débutent de façon immuable les réunions du MST (Mouvement des Sans Terre Brésiliens), et de Via Campesina (organisation mondiale des paysans).
“500 ans de domination ont fauché nos vies…
Mais nos racines ne s’éteignent pas”. Ainsi débute la déclaration d’ouverture du FSM de Belém. “Nous allons parler depuis la base, donner la voix des sans voix”.
On s’attendait à des allocutions lors de ce Forum Social Amazonien. Mais ce ne sera pas cela. Il y a bien une déclaration d’ouverture est d’abord déclamée en Portugais, puis en Anglais, en Espagnol et en Français. Mais c’est entrecoupé et scandé sur la scène de représentations des peuples de toute les terres “marginales” d’Amérique Latine. Représentation est à prendre au pied de la lettre. Ces peuples choisissent de se présenter, souvent en costumes de cérémonie traditionnels, en jouant des scènes de théâtre, ou en entonnant des chants rituels… Le message délivré en Portugais ou en Espagnol est souvent assez bref. Et il reprend pour l’essentiel la teneur de la déclaration d’ouverture.

“La terre mère est malade!”
Partout la destruction suicidaire qui se cache sous le nom de modernité, de développement économique, de globalisation capitaliste. La destruction atteint l’Amazonie, le Pantanal (une plaine d’effondrement au sud du Brésil), le Chaco (de gigantesques étendues semi-marécageuses au Paraguay et au nord de l’Argentine), la Cordillère des Andes, la Patagonie, désormais l’Antartique. Toutes ces écosystèmes en équilibre, les plus riches de biodiversité au monde, sont aujourd’hui très durement attaqués par le réchauffement climatique, la déforestation, l’exploitation minière, les barrages, l’expansion des grands élevages, les plantations géantes pour fournir des agro-carburants, les OGM qui impliquent monoculture et pollutions… Une marchandisation de tout, voulue par les grandes compagnies, favorisée par les Etats au nom du développement économique.
Même progressistes, ces Etats ne commenceront à changer de paradigme que sous la pression des luttes. Et partout, les peuples luttent dans l’Amérique Latine des terres “marginales”, hautes terres et marécages. Indigènes, Quilombos (descendants des esclaves marrons), Caboclos (métis de colons et d’amérindiens qui vivent de pêche, de cueillette et d’agriculture vivrière), Posseiros (paysans sans titres)… partout ils rentrent en résistance. Mais sont aussitôt accusés d’être des criminels par les autorités locales, à la solde des nouveaux conquérants des compagnies minières ou de l’agro-business.
Comme le dira l’après-midi un représentant de la CPT (Commission Pastorale de la Terre Brésilienne): “tout se passe en Amazonie comme si l’Etat central fermait les yeux sur les exactions des grands propriétaires en attendant que le nouvel ordre économique se soit mis en place, avant de “civiliser” tout cela a posteriori”. Mais n’est-ce pas toujours ainsi que se réalise l’accumulation primitive du capital ?
Entendre les peuples pères
Les revendications des peuples latino-américains des terres marginales sont résumées en quelques propositions. Pour l’économie solidaire, d’abord conçue au niveau des Communautés, basée sur la réciprocité. Pour un nouvel équilibre entre nature, culture et société humaine. Pour une décolonisation culturelle. Pour l’autonomie des corps, contre toute discrimination et exploitation raciale et sexuelle. Pour un autre gouvernement, des Communautés et des Etats. Pour une transformation profonde des Etats, des marchés et des Sociétés. C’est un nouveau paradigme que les peuples sans latino-américains nous exhortent à construire ensemble.
“Ensembe, entendons le chant des arbres, l’histoire des grands arbres, la liberté des oiseaux, l’esprit des glaciers… les propositions des filles et fils de la Terre”!
Emile Ronchon